1 novembre 2011

Migrations intérieures – S’Envoler avec Estelle Clareton

S’envoler au T2R le 20 novembre 2011 à 15 h 30

« Le destin n’est pas une chaîne mais un envol. »

Belle citation, d’entrée de jeu, que celle de Baricco tirée de son Océan Mer. Pour introduire quoi? Un objet tout particulier, discret, subtil et, j’oserais risquer, « dans le vent ». Un objet qui s’intitule S’envoler (Furies, Epsilon 5/24), de la chorégraphe Estelle Clareton, ludique à la base, qui semble découler de cette envie qui nous a tous habités un jour, icarienne, de nous transformer en volatiles et de battre des ailes dans le vent.

Comme spectateur de théâtre, j’éprouve toujours beaucoup de plaisir à sortir de mes zones de confort. Ainsi, annuellement, je vais toujours choisir deux ou trois spectacles de danse qui me demandent d’adopter une autre position de spectateur. Une position où l’on accepte de s’abandonner davantage, où l’on accepte de ne pas tout comprendre, où l’on accepte un vertige un peu plus grand. Quand j’ai vu S’envoler l’an dernier, j’ai eu envie d’aller retrouver sur scène ces interprètes-oiseaux, et de partir avec eux sur les ailes de leur imaginaire. Lors de ma rencontre avec Estelle Clareton, chorégraphe et idéatrice du spectacle S’envoler, j’ai éprouvé la même envie de basculer dans son imaginaire et d’en partager quelques parcelles, accompagnées d’un jus africain…
 
Regards différents mais semblables, personnels
Estelle Clareton Au théâtre, on peut se raccrocher au texte, à ce que les personnages disent, à ces codes qui ressemblent à ceux de la vie courante. En danse, on semble toujours éprouver une petite difficulté à aborder et à interpréter un spectacle. Quand on discute avec Estelle Clareton toutefois, on se rend vite compte du concret de la démarche artistique et du propos. On se rend compte surtout à quel point ceux-ci sont personnels et intérieurs. La chorégraphe française d’origine ayant adopté – mais pas complètement – Montréal pour vivre, oscillait depuis un certain temps entre deux choix clairs : demeurer ici ou aller se réinventer en France. Ce choix, doublé d’un tout petit geste de mains – une d’homme, une de femme – l’une dans l’autre, accompagné d’une fascination pour les oiseaux, lui faisait découvrir la prémisse de S’envoler.

Parcours migratoires
Construit sur une série de tableaux qui s’enchaînent les uns dans les autres, ainsi que sur les oppositions inhérentes à l’humain – et à l’oiseau par surcroît –, S’envoler propose un réel parcours migratoire empreint de ludisme, de mouvement et de pauses, de départs et de retours, de silences et de bruits, de peurs et de conforts, de solitudes et de regroupements. À travers la métaphore filée, au long du spectacle, des oiseaux migrateurs qui vont et viennent, Estelle Clareton parle à la fois de l’intime – ses propres allers et retours physiques comme intérieurs – et du collectif – nos propres difficultés à faire des choix, nos désirs de nous arrêter, de nous établir, ainsi que nos désirs de fuites et de départs, nos peurs et nos réconforts, nos amours et nos ruptures.

Porte d’entrée
Alors que les spectacles de danse contemporaine semblent souvent difficiles à décoder, Estelle Clareton nous offre une très belle porte d’entrée par le ton qu’elle donne à son spectacle. Rempli de petits clins d’œil, ludique, complice, parfois drôle et touchant, en d’autres moments plus grave et plus dramatique, ce ton invite immédiatement le spectateur non seulement à observer l’univers qui se déploie sous ses yeux, tel l’oiseau – lui aussi – sur sa branche observant le monde ambiant qui tourne, mais aussi à s’y intégrer comme partageur du rêve proposé, comme désireux par procuration de prendre son envol et de chercher, pour lui aussi, un endroit sûr pour fabriquer son nid. En attendant de s’envoler à nouveau…

De quêtes et de choix…
Au fond, c’est peut-être là la véritable proposition de S’envoler : assumer l’entre-deux. Vivre avec ses contradictions et ses choix, flotter entre le monde du rêve et celui du réel, accepter que l’essence de l’existence est faite de mouvements et de transformations, mais aussi de fixités et de retours à la case départ. L’oisillon tout juste sorti du nid grandit et évolue, lui aussi.

Dans cet esprit, Estelle Clareton ajoute que son spectacle ne cesse d’évoluer et m’invite à aller le revoir pour, justement, constater de ces modifications. J’avoue que ce n’est pas l’envie qui manque… Poème visuel, ode à la beauté volatile, réflexions et sourires, venez partager l’expérience et vous envoler aussi le 20 novembre 2011 à 15 h 30 au Théâtre des Deux Rives.

Un article d’Étienne Fortin

httpv://www.youtube.com/watch?v=lAk-b46y8mE&feature=channel_video_title

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Entrevues et chroniques provenant du magazine L'Entracte! édité par l'équipe de la SPEC du Haut-Richelieu
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